Fil-iationFIL-IATION Il y a
longtemps Avide
enfant, J’ai vénéré une poupée De
porcelaine. Elle était
laide. Je l’ignorais. Et que m’importe ! Quand dans
mes bras, je la couchais, En la
bercant, elle fermait ses deux grands yeux Comme pour
de vrai… Je l’ai brisée.
Un fil félon
reliait ensemble, ses bras, ses jambes. Il s’est
cassé. Et sont
tombés en même temps, mains, tête et pieds. Pauvre poupée
décapitée à la beauté De jouet
aimé. La disgracieuse fut sur l’instant Beaucoup
pleurée. Un
matin blanc D’une fin d’année,
elle était là les yeux ouverts Assise
sage, Sous les
branchages d’un sapin vert. Inexpugnable. J’ai vu ma
mère, tendre fileuse, Me regarder
et puis me tendre la poupée. Je l’ai
couchée. De la poupée,
en souvenir, en héritage, Je t’ai
donné Le cher prénom
tant murmuré, ma Caroline, Et puis ce
fil. Tu n’y peux rien Ma toute câline.
Il vient de loin, de tous tes âges, De ces
rubans qui entouraient tes prix d’enfant. Il te
ressemble, il ondule avec élégance Mais l’air
de rien, c’est le filin qui se balance Infatigable
sur son gréement, il est d’acier. Et si
parfois il se défile, il se faufile, Il s’entortille
et fait des noeuds, jamais filou Il reste
droit et fait la loi en filant tout Doux ses
notes rapides comme des trilles. A pas feutrés,
comme l’araignée, il jette des ponts, Pour se
mouvoir dans tout l’espace. Il tisse sa toile Et dans son
piège, bien tout au fond, toutes les deux, Il nous
protège avec nos rêves et nos espoirs. Quand il te
croit fildefériste et que sur lui En équilibre
tu marches au pas, droit devant toi, Je perds la
tête, tu n’entends pas ma vieille voix. Tu tires
dessus, dès lors j’insiste et puis je plie. Pauvre
cordon défaufilé qui part en vrille. Il s’effiloche
sous nos griffes, il se déroule, Et pour
parer à nos coups bas, se met en boule. Il pleut
des cordes ! Et je me noie, je perds le fil. Il
reviendra le fil... Quand Lou
naîtra, jour enchanté où parmi nous Elle s’est
posée. Le fil d’argent a scintillé D’un même éclat
écarquillant nos yeux mouillés Pour fêter
ce matin si doux. Il
reviendra le fil... Quand une
guerre éclatera sur notre terre Proche ou
lointaine, il cinglera comme une voile, Et claquera
comme le drapeau couleur d’étoiles Fil de
plomb et de lumière. Il
reviendra le fil… Quand ce
sera le bon moment de perdre la tête Pour des idées
qui font rêver ou… des chiffons, Il va
trembler comme la corde sur le violon, Et chaque
fois : Faire la fête. De cet étrange
fil de sang ubiquitaire, Il fut
question – pourquoi le taire ? –
de se défaire. Mais
comment faire ? -
Peut-on couper le fil de l’eau ? Eau claire
de tes larmes sacrées, Qui déposent
leurs grains de sel Sur mes dix
doigts écartelés En une prière
pour tes suppôts. - Le fil
rouge ? A jamais qui Relie nos
vies, toutes nos danses Et nos
souffrances en un bouquet Qu’au-delà
des apparences TU
recomposes et TU fleuris. - Le fil
des jours, celui des nuits ?
Entre les
lignes, en transparence Dans ce
papier, calligraphiés En
filigranes, ils ont écrit… Je t’aime,
petite ficelle. La
mirlitonne Article ajouté le 2007-08-15 , consulté 56 fois CommentairesLiensAfficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |
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